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Le délit d’initié chez Airbus ébranle l’Hexagone C’est une bombe dans le ciel assombri de l’industrie européenne de l’aviation. Pendant qu’Airbus connaissait ses premiers couacs en 2006, ses dirigeants et actionnaires vendaient massivement leurs titres. En toute illégalité, estime l’Autorité française des marchés financiers (AMF), dans un document rendu public hier par « Le 07-10-04-lagardere-forgeard-eads.jpgFigaro ».

Qu’il semble loin, le temps où l’on s’émerveillait du dernier gros bébé d’Airbus, l’A380, où des chefs de gouvernement et des milliers de journalistes accouraient près de Toulouse pour découvrir le monstre, encore en pièces détachées : promesse de succès pour l’industrie européenne et cauchemar assuré pour le rival de toujours, l’Américain Boeing. Epoque trompeuse d’ailleurs, car en ce début 2005, quand d’une main le groupe EADS dévoile au monde l’A380, de l’autre, il entérine les retards de la chaîne de production. En mai de la même année, les dirigeants d’EADS savent déjà que les nombreuses commandes ne seraient pas honorées en 2006.

Bénéfices avant la chute La situation difficile les incite à prendre des mesures d’urgence réduction des coûts, etc. mais pas seulement. En novembre, constate l’AMF, plusieurs responsables du groupe commencent à vendre leurs titres. L’action, à l’époque, oscille entre 30 et 31 euros. Rebelote en mars 2006, quand les soucis de production, évoqués en conseil d’administration, restent confidentiels. L’action, faut-il le rappeler, allait dégringoler en dessous de 20 euros huit mois plus tard, une fois rendus publics les retards considérables pris par Airbus.

Cela s’appelle, selon l’Autorité des marchés financiers, un délit d’initié et cela peut rapporter gros, au moins dans un premier temps. Le document de l’AMF révélé par Le Figaro ne chiffre pas les gains des 21 dirigeants d’Airbus et d’EADS qu’elle a placés sous sa loupe. Mais dans un rapport préliminaire, elle parle de 90 millions d’euros de plus-values encaissées par quelque 1200 initiés. Et l’on sait que Noël Forgeard, l’ancien coprésident d’EADS, est soupçonné d’avoir empoché 2,5 millions d’euros suite à la vente d’actions, en mars 2006. La défense de Forgeard, comme celle d’Arnaud Lagardère, actionnaire du groupe, tient en quelques mots : « Airbus n’a pas signalé de retard irrattrapable avant mi-avril 2006, et les conséquences financières étaient alors très limitées. »

Le scandale est énorme. L’AMF met en cause de gros poissons. Outre Forgeard et Lagardère, sont concernés l’Allemand Thomas Enders, l’ancien confrère de Forgeard à la tête d’EADS (voir ci-dessous), mais aussi Manfred Bischoff, patron de DaimlerChrysler, le principal actionnaire allemand du groupe aéronautique. L’affaire risque d’enfoncer encore Airbus, miné depuis des années par les tensions franco-allemandes et qui annonçait en début d’année 10 000 suppressions d’emplois d’ici à 2010.

Pire : l’Etat français, actionnaire d’EADS, était au courant, affirme le gendarme de la Bourse. Il a laissé faire. « Par le pacte d’actionnaires, l’Etat n’avait ni à autoriser ni à empêcher la vente d’actions d’autres actionnaires », rétorque Thierry Breton, qui était alors ministre des Finances. Comme si cela ne suffisait pas, l’ex-premier ministre Dominique de Villepin a évoqué hier l’existence d’une caisse noire chez EADS. Un trésor caché géré selon lui par Jean-Louis Gergorin, l’ancien vice-président du groupe, soupçonné d’avoir initié une vaste manipulation financière, l’affaire Clearstream, visant notamment Nicolas Sarkozy et où Villepin pourrait avoir joué un rôle. Ce dernier a demandé l’audition d’Arnaud Lagardère l’ami du chef de l’Etat.

Tag(s) : #actualités nationales

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